Zone 2 : pourquoi ça fait polémique dans l'entraînement en endurance ?
La Zone 2 est devenue le sujet qui divise le plus dans l'entraînement en endurance ces dernières années : certains la présentent comme la clé de toute progression, d'autres comme une mode surjouée par les montres connectées. La vraie polémique, elle, est ailleurs — elle porte sur ce qu'on met dans le réservoir pendant ces efforts longs. Et depuis le lancement de notre produit Zone 2 — le même, en réalité, que celui que nous avions lancé aux débuts de Holyfat — nous n'avons jamais pris le temps d'expliquer clairement notre position là-dessus. Soyons honnêtes : il y a cinq ans, ni les informations dont nous disposions, ni la recherche disponible, n'étaient au niveau où elles sont aujourd'hui. Ce texte est un rattrapage. Et une clarification qu'on aurait dû vous devoir depuis longtemps.
Une intuition, avant d'être une preuve
En 2019, quand l'idée de BSE a pris forme, nous avions une intuition simple : un apport trop important en glucides pendant un effort long et de faible intensité n'était pas productif. Dans les efforts de type LSD (long slow distance), l'objectif n'est pas de maximiser l'apport calorique disponible — c'est de rendre votre système aérobie le plus performant possible. Et par définition, à basse intensité, ce système aérobie carbure en majorité aux acides gras, pas aux glucides. Il ne les exclut pas complètement — le glycogène reste sollicité en parallèle — mais la proportion s'inverse largement en faveur des graisses quand l'intensité baisse.
C'était une intuition. Aujourd'hui, ce n'en est plus une.
Ce que Maffetone et Johnston confirment
Deux méthodologies dominent aujourd'hui la réflexion sur l'entraînement en endurance : celle de Phil Maffetone, et plus récemment celle de Scott Johnston — l'entraîneur derrière les vainqueurs, homme et femme, de l'édition 2025 de l'UTMB, que j'ai eu la chance de croiser et d'échanger avec à Chamonix en août. Les deux approches ne sont pas identiques, mais elles reposent sur un principe commun : construire le moteur aérobie le plus puissant possible avant de passer aux entraînements de force ou de haute intensité. Pas l'inverse. C'est cette base aérobie — mesurée par ce que les entraîneurs appellent le seuil aérobie (AeT) — qui détermine la vitesse qu'un athlète peut tenir pendant des heures sans jamais y toucher.
Ce n'est pas un hasard si les meilleurs ultra-traileurs au monde ont un point commun : une adaptation aux graisses très développée, qui leur permet d'alimenter des efforts de plusieurs heures directement depuis leurs réserves. Ce n'est pas un talent brut. C'est construit, patiemment, en zone 2.
Pourquoi apporter des calories, si on a déjà des réserves ?
C'est la question qu'on nous pose, et c'est la question que je me suis posée moi-même au début de cette aventure. Si le corps a déjà des quantités importantes d'acides gras en réserve, pourquoi lui en apporter de l'extérieur ?
C'est là qu'il faut être précis sur ce que BSE a toujours cherché à faire. La création de BSE, avant même Holyfat, n'avait pas pour but d'apporter des acides gras. Elle avait pour but d'apporter des calories, sans recourir aux glucides.
Pourquoi avons-nous besoin de calories, alors que les réserves de graisse suffiraient largement en théorie ? Parce que le système nerveux central surveille en permanence l'apport d'énergie, et régule l'effort en fonction de ce qu'il perçoit. Autrement dit : le corps a besoin d'une sensation de satiété pour maintenir l'effort, tout en évitant les glucides qui viendraient perturber la réponse métabolique construite en zone 2. Et à faible intensité — autour de 60 % de l'intensité maximale — une hypoglycémie réactionnelle reste possible, en particulier chez un athlète déjà compromis sur le plan métabolique : un apport de glucides pendant l'effort déclenche un pic d'insuline, suivi d'une chute brutale de la glycémie, exactement l'inverse de ce que recherche un effort long et stable.
BSE Zone 2 a été pensé pour répondre à ça : maintenir une sensation de satiété sur la durée, avec un apport calorique conséquent, mais jamais suffisant pour empêcher le corps de puiser dans ses propres réserves.
Pourquoi la macadamia
Ce n'est pas un choix arbitraire. La noix de macadamia a un profil lipidique particulier — très riche en acides gras mono-insaturés (oméga 9), pauvre en oméga 6 — qui en fait une source d'énergie dense, progressive, et particulièrement bien tolérée sur le plan digestif pendant l'effort. Nous en parlons plus en détail ici.
Pour aller plus loin
Si vous voulez creuser les méthodologies qui ont nourri cette réflexion :
- Uphill Athlete — Scott Johnston
- Méthode Maffetone — Phil Maffetone
Cinq ans après, on ne s'excuse pas d'avoir eu raison trop tôt. On rattrape simplement le temps qu'on a mis à vous l'expliquer.